Pour poster une contribution dans ce site, veillez écrire à webmaster@bargny.info
commentaires sur cet article: 7

Les guides religieux : coresponsables de la faillite de l’Etat Sénégalais

Source : Bargny Info   02/06/2010 à 11h18

chef-religieux-senegal
Le Sénégal a été depuis longtemps tributaire d’une dynamique religieuse intense. Les grands guides religieux ont accompagné les recompositions politiques avant, pendant et après la colonisation. Toutefois, depuis la fin des années quatre‐vingt dix, on voit émerger une nouvelle génération de guides religieux. En rupture totale avec leurs illustres prédécesseurs, les nouveaux chefs religieux ont mis en place de nouveaux rapports avec leurs talibés, des formes nouvelles de collaboration avec l’Etat et doivent accompagner de nouveaux processus beaucoup plus complexes (crise de l’Etat, paupérisation, corruption généralisée, recul des valeurs, mondialisation, renouveau démocratique, entre autres). Ces tarikhas conquièrent un espace public grandissant, laissé vacant par des pouvoirs publics corrompus et incapables de former des citoyens avertis De sorte qu’aujourd’hui, beaucoup de questions purement politiques, sont prises en main par des guides religieux, des tarikhas qui fonctionnent comme des entreprises familiales religieuses de lobbying et sont gérées comme telles. Il s’agit de questions relatives aux nominations aux plus hautes fonctions de l’Etat, au dialogue politique, aux consignes de vote lors d’élections,… Qui peut croire que ces intermédiaires religieux n’y trouvent pas un intérêt personnel, direct ou indirect, intérêt qui n’a rien à voir avec la religion ?

L’érection du religieux en deuxième pouvoir par Abdoulaye Wadd dans une république laïque, l’ampleur et l’impunité des mouvements soi‐disant religieux en tout genre (mouvement Kara, Béthio,…) constituent, à mes yeux, un cocktail explosif, une sérieuse menace pour notre démocratie. La création d’un ministère chargé des affaires religieuses est tout simplement terrifiante.

Plus inquiétant encore, est la timidité des citoyens sénégalais face aux dérives de ce nouveau pouvoir. Quand on lit la presse sénégalaise, on est frappé par la pertinence des analyses portant sur de nombreux sujets (manque de transparence, corruption,…) mais très peu d’articles portant sur la complicité des tarikhas, des guides religieux dans ce mouvement généralisé de perte de valeur. Revenons sur l’affaire Ségura. Tous les intellectuels, hommes politiques, simples citoyens avaient vigoureusement dénoncé cette affaire, et à juste titre. Ces mêmes intellectuels, politiques, citoyens observent un silence coupable quand il s’agit des valises, d’enveloppes, de voitures de luxe, ou autres cadeaux à destination des chefs religieux de ce pays. Dans de l’esprit des lois, Montesquieu disait « Les grandes récompenses dans une monarchie et dans une république sont un signe de leur décadence, parce qu’elles prouvent que leurs principes sont corrompus ; que, d’un côté, l’idée de l’honneur n’y a plus tant de force ; que, de l’autre, la qualité de citoyen s’est affaiblie.

C’est un fait patent que depuis que Wade est au pouvoir, tout se vend, tout s’achète au Sénégal : achat de voix d’électeurs, achats de conscience,… Les pratiques clientélistes des socialistes d’Abdou Diouf ressurgissent d’une ampleur inégalée dans l’histoire politique de notre pays.Wade a érigé le religieux en pouvoir afin de mieux le manipuler. C’est ainsi qu’il a pu corrompre beaucoup de nos guides religieux mais c’est tellement plus facile pour nos intellectuels, citoyens, journalistes, leaders de l’opposition de ne rien voir et de se taire ! La fameuse loi du silence de la maffia n’est‐elle pas de la corruption passive ? De sorte qu’on peut aujourd’hui affirmer que dans ce pays, presque tout le monde a un prix. La peur de dénoncer peut en être un. Le silence aussi. Les journalistes qui osent franchir le pas sont attaqués par les talibés, sous la bénédiction de leurs guides. Comment comprendre que, dans un pays démocratique et laïc, les réactions des talibés soient plus virulentes que celles des policiers (dans le saccage des locaux de Walf par exemple) ? Nous avons en mémoire les attaques et les insultes dont a été victime Madiambal Diagne, par certains talibés mourides, furieux du traitement des informations concernant la vie privée du guide religieux des mourides, Serigne Bara. Que l’information soit ou non vérifiée, il n’est pas acceptable dans un pays civilisé que des talibés, sous la bénédiction de leur guide religieux, lancent des fatwas contre de simples citoyens, qui font leur travail. Beaucoup d’honnêtes citoyens (Madiambal et d’autres) sont poursuivis, surveillés, menacés par le régime de Wadd parce qu’ils dérangent au plus haut niveau. Mais le plus frappant, c’est que personne ne dérange aujourd’hui les guides religieux, personne ne condamne les faits de corruption les concernant, personne ne s’interroge sur leurs responsabilités dans le naufrage du navire Sénégal. Ces derniers sont épargnés par les critiques au nom de je ne sais quel ordre. Et pourtant, nombreux sont les sénégalais qui, dans leur salon, critiquent vertement l’attitude de beaucoup de guides religieux, mais rechignent à en parler publiquement. De grâce, sortons de cette irresponsabilité et de cette hypocrisie. Quel est l’impact de ce silence dans la faillite de notre système ?

Il faut dire les choses simplement : dans le Sénégal d’Abdoulaye Wade, il ya trois pouvoirs : le politique, le religieux et les médias, plutôt certains médias. La justice est morte depuis l’affaire Idrissa Seck et le législatif depuis l’affaire Macky Sall. J’affirme ici que nos guides religieux ont une énorme responsabilité dans la faillite de notre état et dans la généralisation de la orruption. Une responsabilité morale à l’égard de leurs talibés et une responsabilité à l’égard de la société dans la mesure où ils participent, de manière directe ou directe, au système clientéliste mis en place par Wade. Pire, ils bénéficient largement de ce système.

Le Sénégal se trouve aujourd’hui dans une situation ubuesque : les corrupteurs d’un côté, les corruptibles de l’autre, le tout baignant dans une immense jungle gérée par des corrompus pour le compte des corrupteurs. Le corrupteur (Wade) et le corrompu (guides religieux) semblent entrer en symbiose, l’un aidant l’autre dans son rôle et inversement. L’un devient nécessaire à l’autre, et même l’un ne peut plus vivre sans l’autre.

Wade a besoin du pouvoir religieux pour dompter les populations et apaiser le climat social. Ce sont les tenants du pouvoir religieux qui se mobilisent à chaque fois que le pays traverse des moments tendus (en réalité des moments de vérité nécessaires dans tout processus démocratique), ce sont les tenants du pouvoir religieux qui jouent les intermédiations dans les affaires de justice. Ce sont les mêmes, qui donnent des consignes de vote ; les mêmes qui fixent les contours de la laïcité dans notre république (le débat récent sur le monument de la renaissance nous le rappelle) ; les mêmes qui se mobilisent pour les nominations dans les plus hautes fonctions, les mêmes qui se mobilisent pour secourir tel ou tel ministre ou dirigeant de sociétés coupables d’un détournement.

Les temps évoluent, les hommes aussi. Les chefs religieux d’hier ne sont pas du même tempérament que ceux d’aujourd’hui. Les sénégalais sont nostalgiques du temps où Serigne Abdou Aziz SY Dabbah convoquait tout le pays pour dire ses vérités aux dirigeants socialistes de l’époque.

Pour dire les choses simplement, il est temps que la critique politique s’intéresse à tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale de notre pays, sans exception, aucune.


Abou Seck
Directeur des études - Cabinet Cité Architecture - Paris
gayeseck@yahoo.fr


Les opinions exprimées sur ce site n'engagent que leurs auteurs.
Nous ne pouvons en aucune façon être tenus pour responsables des propos tenus dans les contributions et les commentaires.


Commentaires :

Posté par :   Xalat   le 02/06/2010 à 12h33
Bravo Abou pour ce coup de pied dans la fourmilière. Analyse pernitence.


Posté par :   sene   le 02/06/2010 à 16h45
Une analyse petinente et objective. Bravo et bonne continuité.
CEci etant monsieur SECK, il n'ya aucun doute aujourd'hui que notre sénégal est malade. Malade de ses dirigeants politiques mais plus grave encore de ses hommes religieux. Car force est de constater comme vous le dite si bien "les hommes relieux cautionnent des actes en dephasage avec la réligion qu'ils sont sensé eux méme représenter. C'est vrai que nous devons avoir peur.Quand on voit des bandits a cole blancs brandir haut et fort leur statut maraboutique on se demande réellement ou va le sénégal. Meme si parfois j'ai l'impression que nous sommes déja arrivés dans un point de nos retours ou de retour focé et trés risqué. Car tot ou tard les choses changeront parceque devenant insoutenables et arrogantes.
Je le dis avec conviction et une totale sureté car le déséquilibre jadis, impunément maintenu tant qu'il soit protégé par la barriére de l'ignorance avec une population défavorisée ne savant meme pas qu'elle l'était, croyant que son misérable déstin etait celui de l'éspéce humaine toute entiere.
Les choses vont changer car si ces hommes réligieux que moi j'appelle des GOR (grands opérateurs religieux) ne sont la que pour leur compte nominatif et bancaire mangeant trois fois par jour, qui ont un toit pour s'abriter, des vetements, et des voitures; qui bénéficient de retraites, de soins et des vacances payées par le contribuables sénégalais comme s'ils etaient des privilégiés gavés et repus aux yeux des millions de misérables reduits a macher des racines pour tromper leur fin et a subir le soleil et la pluie dans leur paillote ajournée en regardant mourir toute leur dignité.
SECK je suis entierement d'accord avec toi sur le principe de s'ériger en bouclier contre ces mafieux, qui se foutent et de la République mais aussi des républicains. Il n'ya aucun doute sur le fait que les choses doivent changer, mais comment? et par qui ce changement doit passer?.
Ne me parler pas de celui qui se croit prophete envoyé au sénégal pour rebatir son peuple comme Moise a jérusalem et qui aujourd'hui fait la honte de toute une confrerie ou de ces deux GOLO qui sement la terreur et le banditisme dans tout le pays avec parfois leur discours de non sens et d'ignorant.
Mais ne sommes nous pas responsables de cette situation pour avoir accordé trop de confiance et de respesct a des cons qui ne s'en rendaient meme pas comte, n'avons nous pas créer ces hommes de par notre inaction. A un moment donné je suis revolté et meme réfrétaire mais parfois j'ai confiance car des signes incontestables montrent que l'ecran de l'ignorance tant a etre écarté par celui des médiats qui montrent a qui veut voir la phase cachée de ces assassins et irresponsables de marabouts comme leurs homonymes oiseaux autour de la proie servie a meme une assiette
Mérci Abou et bonne journée


Posté par :   cof   le 03/06/2010 à 13h23
La contribution est trés pertinente.Tu as le mérite d'aborder un sujet qui jusqu'ici est considéré comme tabou. Même si l'on en parle au tour du thé, nombreux sont ceux qui te disent il faut arrêter ce genre de discussion.C'est déplorable surtout quand on voit cette masse d'étudiants inconsciente qui passe leur temps à courir sur le Ndiguel d'une bande
d'opportunistes au détriment de leur objectif.Nous devons faire la différence entre les guides réligieux:ceux qui sont là pour leur interêt et ceux qui nous guident sur le chemin de la foie. Je ne dis pas que ces guides ne doivent pas s'interesser à la vie politique et jouer le rôle de sapeur quand besoin en est mais dans le but d'éveiller leurs talibés . Dans ce senegal,certaines familles réligieuses ou politiques sont au dessus de la loi.C'est dommange mais c'est ça le sénégal d'aujourd'hui.Peut être demain avec le changement d'un autre régime ces pratiques vont disparaitre car quoi qu'on puisse dire c'est sous le régime du vieux que ces pratiques sont plus accentuées car pour Wade tout homme a un prix.


Posté par :   Titeuf   le 03/06/2010 à 13h40
oui on doit élire un chrétien à la tête de l'état pour que le senegal va de l'avant. Vive le changement dehors abdoulaye wade et tous les politicards qui croient sur les marabouts pour diriger notre pays


Posté par :   xembe   le 05/06/2010 à 20h54
maintenant dans ce pays trouver de veritables guides religieux est chose rare
la majorite de ceux qui ce reclamentdu titre de marabout ne sont que des branches pourries d arbres illustres


Posté par :   paris   le 07/06/2010 à 14h08
Désolé de vous le dire,Bargny est une ville vraiment triste mais Rufisque avec son état dégueulasse vaut 15 fois que la ville fantôme de Bargny.
Le problème est que lébu amna fierté trop mais dafa ignane trop.
Raison pour laquelle pour nous développer,il nous faudra retrousser les manches pour nous débarrasser de ce lourd fardeau de l'ignanité...
Deug moo woor ta dé!!!


Posté par :   pouye paris(14e)   le 07/06/2010 à 14h42
Abou li ngey waax am na solo,j'ai lu et c'est une source de pertinence.
Faut essayer de jongler sur un autre registre comme celui de la vie politique et sociale savoir comment les bargnois ont pu mettre Mar Juf encore dans les habits d'une députation, terrible comme scénario,non?
Alors qu'il y avait des jeunes de la trempe de.,je ne cite pas de nom mais le hic de Bargny se résume à ses propres habitants,citation à creuser et facile à déchiffrer.
Souleymane Seck mort,c'est maintenant que nous reconnaissons ses talents et ses compétences,ce qu'il pouvait nous apporter de par ses services et de par son savoir-vivre et de par son savoir-être.On a raté des années sans l'apport de Jules Seck.
Comme je le répète à l'envie,lébu dafa compliqué mais nak goor la dé.
Cette nature nous empêchera de nous développer tant que nous arborerons ce sourire narquois et hypocrite,comme le disait un frangin natif de Bargny qui voulait se tailler une place dans le milieu politique et à qui on a coupé les ailes,''le vrai ennemi de Bargny est le bargnois lui même.''Terrible comme équation et pas facile à résoudre.
Regardons autour de nous et essayons de faire un sondage quoique pessimiste mais dénué un peu de sens;parmi les natifs de Bargny qui se sont fait une place au soleil,combien habitent dans la localité?
Nous sommes les déçus de la première heure à l'issue de ce sondage facile.
Ku am touti daaw dem Dakar!Regardez l'exemple patent de notre cher député,même pas une maison ou une baraque,cette question me taraude l'esprit à chaque fois que je viens en vacances et l'idée vénale de me poser cette énigmatique question me ronge.
Beaucoup ont pour tendance de dire Bargny baxul, fausse est cette allégation,voire nullissime,il faut changer les jiko,je ne dis pas le caractère lébu car ce dernier n'est que source de convenance,de racine et de fierté.
Ce qui freine le développement de cette ville si on se permet de la comparer à sa voisine d'antan,Rufisque,source de rivalités.
Je parie que Bargny peut renaître de ses cendres avec le MCA et souhaitons que Pabi bagn sii xeupa souf.
Je crois fermement que ce projet pourra faire montre de ce que Bargny peut apporter et sans oublier Rufisque et sa communauté rurale pour le développement de notre cher Jolof.
A toutes celles et à tous ceux qui ont apporté une touche à ce site web, je ne peux leur qu'affirmer une gratitude singulière.
Bonne continuation



Réagissez à cet article (Mais s'il vous plait ):

  • Soyez civilisés . N'envoyez pas de message pour agresser ou insulter les gens. N'utilisez pas un vocabulaire SMS.
  • Critiquez une idée, mais pas d'attaques personnelles .
  • Tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violant ou sexuel sera supprimé, de même que les messages publicitaires.



Pseudo :

E-mail :
Message :

    

Lire aussi :
Menu de navigation gauche  
Présentation de la Ville

Histoire de la Ville

Projets & Réalisations

Municipalité

Seen Xibaar

Galerie Photos

Les Contributions

Actualité

On en parle

Arts & Culture

Contribution.
Cercle d' Etude et de Réflexions pour l' Emergence de Bargny(CEREB).

Photo de l'auteur Contexte :
Le quatre avril prochain notre pays fêtera les cinquante ans de son indépendance. Cinquante ans, le temps des bilans, l'âge de la maturité, une période qui devrait normalement coïncider avec une maturité économique et politique du Sénégal.
Le huit octobre prochain, notre commune Bargny fêtera les vingt ans de son existence en tant que commune de droit commun administrée par un maire élu (loi 90-35 du 08 octobre 1990).
Lire la suite...


© 2008 - Bargny Infos - Tous Droits Reservés - Ecrire au Webmaster