LIVRE - « Le Ndöep » Par le Dr Omar Ndoye : Un pan de la culture lébou à la confluence du réel et du surréel
Source : Le Quotidien 07/06/2010 à 23h01
Au-delà de ses activités parlementaires, le Dr Omar Ndoye n’en demeure pas moins, à travers sa plume, un panafricaniste. Son ouvrage intitulé « Le Ndöep : transe thérapeutique chez les lébous du Sénégal », édité par l’harmattan, est, comme une contribution à la mouvance de la renaissance africaine et au dialogue des civilisations.
« Avec le Ndöep, transe thérapeutique de l’Afrique de l’Ouest, c’est toute l’histoire du peuple Lébou qui nous est révélée », affirme l’éditeur dans la post- face avant d’ajouter que cette « ethnie du Sénégal de la presqu’île du Cap-Vert : aux portes de Dakar, le Dr Ndoye nous en conte l’origine, la culture, la mystique » pour permettre au reste du monde de découvrir une pratique qui a façonné l’identité de l’homme Lébou.
Malgré les assauts de la colonisation avec comme arme l’introduction de l’école française qui demande une ouverture aux autres civilisations, « la communauté lébou a préservé ses croyances ancestrales, son identité culturelle.
L’auteur nous en parle : « la communauté lébou a préservé ses croyances ancestrales, auxquelles se sont mêlés des éléments culturels nouveaux : comme les rabs toubabs (rabs blancs) et religieux (rabs musulmans). Au niveau du panthéon lébou, Allah (Yalla) est devenu la divinité supérieure (le böt badyaan) et certains rabs se sont convertis à l’Islam ou encore certains versets du Coran sont associés au discours rituel ». Le ndöp est un pan de la culture lébou. A la confluence du réel et du surréel, le ndöp est une croyance reposée sur des entités invisibles (rab, tuur, djinné), un rituel dans des lieux mythiques, une thérapeutique pour combattre le mauvais sort et une psychanalytique. Il est incarné par des hommes. Daouda Seck a été un célèbre « ndoëpkat » (prêtre du rituel) à Bargny. « La cérémonie de ndöp a pour but d’identifier le « rab », esprit ancestral, le génie, afin de pouvoir le domestiquer et sceller une alliance par la fondation d’un « xamb » pour permettre à la personne possédée de retrouver son « fit », son Moi », renseigne le livre.
les grandes lignes de la migration les grandes lignes de la migration
Par souci pédagogique, l’auteur a voulu retracer l’origine du peuple lébou dans le temps et dans l’espace pour une meilleure compréhension de ses cultures, croyances et traditions. Sur ces grandes lignes de la migration, toutes les versions sont unanimes alors que lorsqu’il s’agit de préciser les détails, des différences apparaissent ». Chaque source a sa version. En effet, les lébous seraient originaires du Sahara. Ils auraient fui la sécheresse et les multiples conflits qui ont fini par nuire les différents empires : Ghana, Songhaï, Mali. Au Sénégal, ils quittèrent aussi la vallée du fleuve à cause des conflits opposant les royaumes Djoloff.
« Arrivés dans la presqu’île du Cap vert, ils y trouvèrent des socés, des mandingues qui, inquiétés par les nouveaux venus, se déplacèrent vers la Gambie, leur laissant le Diander et le Cap-Vert », renseigne le Dr Ndoye. Selon Malick Sarr, une source que l’auteur a citée dans l’ouvrage, les mandingues avaient mis dans le sol des fétiches et tous ceux parmi les lébous qui cultivaient la terre mourraient. C’est pour cette raison que certaines terres étaient appelées « bay dee » (qui cultive meure ».
Le livre est structuré en trois chapitres en 238 pages. A la page de couverture, la photo du vieux Daouda Seck habillé de ces habits de « ndöpkat », renseigne l’attachement de l’auteur à ses origines. Au deuxième chapitre, un accent particulier est mis sur le ndöp et le candomblé, un rituel similaire pratiqué au Brésil. Le livre indique que : « si le candomblé et le ndöp s’adressent tous deux à des ancêtres divinisés, c’est que la mort n’est pas considérés au Sénégal, ni au Brésil comme une rupture radicale d’avec le monde des hommes ». Les illustrations permettent aux lecteurs de mieux comprendre les préoccupations de l’auteur dans cet ouvrage. A la lumière des évènements que vit l’Afrique depuis des siècles, les jeunes générations, trouveront, dans ce livre, les raisons d’assumer enfin leurs responsabilités historiques, c’est-à-dire d’être les propres acteurs de la Renaissance de l’Afrique.
Maké DANGNOKHO
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