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«IL FAUT REDYNAMISER LA BIENNALE DE DAKAR AVANT QU’ELLE NE NOUS ECHAPPE»

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Dr-Momar-SeckDr Momar Seck, artiste sculpteur basé à Genève, est convaincu que l’Etat du Sénégal doit accompagner les artistes par une aide à la création. Ceci, pour leur permettre de réaliser leurs œuvres et les montrer sur le marché de l’art. A l’occasion de cette interview qu’il a accordée à Sud Quotidien, le natif de Bargny a aussi émis l’idée de la nécessité de redynamiser la Biennale des arts de Dakar pour qu’elle continue d’être une propriété sénégalaise parce qu’elle risquerait de nous échapper.

Pouvez-nous parler de l’artiste que vous êtes et de votre spécialité ? Quel est le contenu de vos concepts ?

Dr Momar Seck- J’ai fait la base de ma formation au Sénégal, à l’école des Beaux-arts. Et après cette formation, j’ai eu une bourse suisse pour faire un troisième cycle de perfectionnement en arts plastiques, spécialement en sculpture. Donc, j’ai fait une année de perfectionnement en sculpture, deux semestres, donc une année. Et puis encore deux semestres de perfectionnement en peinture. Au total, j’ai fait 2 ans à l’Ecole Normale Supérieure des Beaux-arts de Genève, et ensuite j’ai eu la possibilité d’aller à Strasbourg pour réfléchir sur ma création plastique. Et si j’ai fait ceci, c’est aussi parce qu’il y avait un manque de réflexion au niveau des arts plastiques notamment au Sénégal. J’ai décidé de faire une thèse en arts visuels. Ce qui m’a permis d’obtenir en 2012 un doctorat en arts plastiques. Le travail était surtout basé sur l’utilisation des matériaux de récupération dans la création plastique sénégalaise ; et actuellement, je participe à des expositions collectives et j’organise des activités personnelles. Mes dernières activités remontent à l’exposition de la Biennale des arts en 2014. Et en mai 2015, j’étais invité à la Biennale de la Havane pour montrer mon travail artistique. Je dois dire que mon travail au niveau social constitue le prolongement de mon travail artistique parce qu’en tant que personne, en tant qu’artiste, je crois aux liens, à l’entraide, au soutien et à la collaboration, qui constituent les thèmes qui reviennent régulièrement dans mon travail et je suis persuadé qu’on a la possibilité d’arriver à un monde meilleur en restant dans une perspective de collaboration et d’entraide. Donc, mon travail est surtout basé sur ça. Alors je soutiens des artistes sénégalais, notamment la jeune génération en organisation des workshops au niveau de Genève. On a organisé une résidence artistique pour l’artiste Marie Ngom qui est venue à Genève travailler pendant trois mois et à l’issue de cette résidence, elle a fait une exposition. Après Marie Ngom, l’année passée, il y a eu l’artiste Marianne Senghor qui aussi a fait sa résidence de trois mois et un vernissage. Alors le but dans ces perspectives-là, c’est d’ouvrir de nouveaux horizons aux artistes sénégalais, de créer des possibilités pour que les artistes puissent profiter de la richesse du monde et puis faire leurs propositions artistiques sur cette base.

Comment est-ce que vous jugez l’environnement des arts plastiques au Sénégal où les gens exposent de moins en moins, où la production diminue au fil du temps ? Qu’est-ce qui explique selon vous cette perte de vitesse de l’art ?

Au Sénégal, nous avons fondamentalement besoin d’espaces d’exposition, ça c’est clair, pas des espaces d’exposition qui ne font que montrer le travail, mais des espaces d’expositions qui font en même temps la promotion du travail. Il faut que l’avant-expo et l’après expo soient gérés par la personne qui s’occupe de la galerie ou de l’espace d’exposition. C’est-à-dire créer une continuité pour les artistes, de manière à ce qu’ils puissent eux-mêmes profiter d’une exposition qu’ils ont eue 2 ans ou 3 ans avant, par un effet de promotion continue. Et ils ont besoin de soutien. C’est des artistes qui généralement après la formation aux Beaux-arts se retrouvent sans rien parce que ce n’est pas un métier qui, tout de suite, donne des débouchés. C’est un métier par essence indépendant où très peu de gens peuvent trouver des connexions avec d’autres bailleurs de fonds ou simplement des mécènes ou des galeries qui sont intéressées par leur travail et qui les font réussir tout le temps. Ceci est un élément fondamental que nous devons prendre en considération. Je ne sais pas comment la structure étatique peut faire en sorte d’accompagner ces artistes pendant un moment par une aide à la création, par un soutien à la création pour qu’ils puissent réaliser leurs œuvres et les montrer sur le marché de l’art. Et je crois aussi qu’il faut redynamiser la Biennale des arts de Dakar en faisant en sorte qu’elle continue d’être une propriété sénégalaise parce que cela risque de nous échapper. Nous devons faire de notre mieux pour que la Biennale constitue la grande lumière de l’art sénégalais qui active toutes les personnes intéressées par la création africaine, parce qu’on se place comme le lieu de l’art africain contemporain. Après certaines visites, certains contacts que j’ai eus, et l’expérience que j’ai eue avec certaines expositions, je me rends compte que Dakar a un point à jouer sur ça. Elle joue déjà un rôle très important dans ce cadre et elle devrait conserver ce rôle-là pour pouvoir permettre aux jeunes générations qui arrivent d’avoir un point d’ancrage qui les aide à profiter au maximum de cette création.

On dit aujourd’hui que l’art ne nourrit pas son homme. Les artistes généralement après avoir produit leurs œuvres ont du mal à les écouler, à trouver des acheteurs. Selon vous, qu’est-ce qui peut être fait pour corriger cette anomalie ?

Ici est posée la question fondamentale du producteur et du vendeur. L’artiste est un producteur. Donc, l’artiste en réalité n’est pas la personne capable de vendre son travail. En principe, il doit être consacré simplement à la création. Donc pour pouvoir écouler le produit de la création, il faut trouver des marchés de l’art et pour trouver des marchés de l’art, il faut des structures sur place qui sont mises sur place pour aider les artistes à pouvoir écouler leur travail. Et ces lieux-là peuvent être des galeries, peuvent être des institutions qui créent des contacts avec l’extérieur, peuvent être aussi des groupements de mécènes ou de personnes qui sont prêts à investir pour tracer la voie aux artistes ou trouver des moyens pour les aider davantage. Et je crois que c’est important de vraiment développer les liens entre l’art de produire et l’art de vendre. Nous avons des artistes qui n’ont pas cette faculté-là parce que l’artiste, ce n’est pas un commerçant. Moi personnellement je ne suis pas très doué pour cela. Les galeries vendent mes œuvres à des prix auxquels je ne les vendrais pas personnellement, mais c’est parce qu’eux ils sont des commerçants, ce qui n’est pas mon cas. Et ils arrivent à trouver des marchés en continu que je serais moi-même incapable de trouver. Donc, eux ils sont commerçants, ils peuvent le faire, moi je ne peux pas. Par contre, je peux produire ce qui constitue la marchandise qu’ils vont mettre en vente, et ça ils ne le peuvent pas. Dans un cadre précis, s’ils en étaient capables, ils le feraient sans doute pour eux. Celui qui est le producteur, c’est l’artiste, il y a le producteur, et il y a le vendeur. Donc une structure doit être mise sur place pour permettre aux producteurs et aux vendeurs d’avoir une fluidité dans le marché.

Que pensez-vous de ce débat ici au Sénégal sur la question du statut de l’artiste, qu’en pensez-vous personnellement ?

Moi je pense que l’artiste doit avoir un statut bien ancré dans la société et l’artiste doit avoir aussi une décision personnelle dans son statut. Je veux dire que si nous ne portons pas le combat du statut de l’artiste, personne ne viendra le porter. Donc c’est les artistes eux-mêmes qui doivent porter le combat et dans leur travail il doit ressortir des éléments de réflexion qui feront comprendre aux autres que le travail n’est pas simplement la recherche d’une beauté ou d’une gaieté mais c’est une implication dans la société, c’est aussi une façon pour l’artiste de contribuer en tant que citoyen à l’évolution de sa société. Et c’est là où je reviens avec ce lien entre mon travail artistique et mon travail social. On est artiste simplement parce qu’on peut créer, mais on est aussi artiste parce qu’on peut produire quelque chose d’important pour les autres, que ce ne soit pas uniquement une œuvre d’art mais que ça soit quelque chose d’autre. Et puis ça je suis plutôt dans le sens d’encourager ces actions-là et l’artiste, son statut dans la société doit être un statut très important et c’est à lui d’y contribuer.

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